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Publié par Morphouille


inuitA 1 400 km au nord du cercle arctique vivent 1300 habitants à 94 % Inuits : la communauté de Mittimatalik. Le village est au bord de l’île de Baffin, dans le nord du Nunavut, un territoire cédé aux Inuits par le Canada voilà une dixaine d'années. Désormais sédentarisés, leurs habitudes et leur rythme de vie s’accommodent souvent mal de ceux des Occidentaux dans la communauté où règne de mai à août la "nuit lumineuse".

Dormir loin des autres

Si les igloos font aujourd'hui place aux longues maisons occupées par plusieurs familles, avec chambres séparant les enfants des adultes, ce sont des mots anciens qui désignent les nouvelles pratiques. Ainsi igliq, qui désignait dans l’igloo la plate-forme de couchage où se serrait la famille, désigne-t-il maintenant le lit. Mais difficile de dormir seul ou éloigné des autres : en exemple ce vieil homme désertant son lit pour aller dormir sur le canapé de la salle de séjour, là où tout le monde passe. Ou cet adolescent adepte de la sculpture qui avait transformé sa chambre en atelier, le lit en établi, et venant dormir lui aussi sur le canapé du salon. On peut donc ici entrer dans le sommeil sans problème dans un lieu de passage bruyant, ou laisser les chambres portes grandes ouvertes. De même la pratique, qui voulait qu’une lampe reste allumée la nuit dans l’igloo, surveillée par la mère, afin de maintenir le plus longtemps possible la chaleur se perpétue dans ce minimum de clarté maintenu dans la chambre, notamment quand la femme est seule alors que son compagnon s’enivre au-dehors, situation fréquente. La faible clarté d’une lampe n’atténuera-t-elle pas l’angoisse du retour d’un homme pouvant devenir violent sous l’emprise de l’alcool ? Il est rare, en tout cas, que l’obscurité règne dans une chambre.

Il est vrai que le sommeil n’a pas très bonne presse chez les Inuits, les anciens disaient que dormir trop longtemps, c’était s’exposer à une vie courte, alors que tant de choses appellent au-dehors : visites aux voisins, pêche, chasse, danses nocturnes… Et même quand vient l’époque de la "grande obscurité", vers novembre, les nuits de Mittimatalik voient des centaines d’habitants danser dans la salle communale.

Et puis dormir, ce serait aussi s’exposer aux rêves, prendre ainsi le risque que l’âme ne réintègre pas le corps à temps, avant le réveil. Des rêves qu’on aimait autrefois se raconter au matin, une pratique perdue.

Sinnaktulauqpunga

En 2006, deux ethnologues ont saisi quelques rêves de cette nuit lumineuse, le temps d’un film : "J’ai rêvé (Sinnaktulauqpunga)". En inuktitut, l’une des langues des Inuits, dormir c’est sinnak ; sinnaktuqtuq veut dire "il rêve", et sinnaaqtaujuq : "il est agressé en dormant". Le sommeil est donc chose dangereuse, où vient s’accrocher le rêve qui peut faire peur. De cette peur, de ces angoisses, rend compte le film de Guy Bordin et Renaud de Putter. Un film tout à la fois poétique et anthropologique qui donne à entendre des récits de rêves des habitants qu’il confronte aux gestes quotidiens et à la vie du village, une vie à nu face à l’immensité d’un monde naturel dépassant l’environnement humain de toute part.

 

 

 

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windows 10 system 11/12/2014 13:20

There are people who do not have enough resources to the living too and i do not think this will be easy once we reach that situation in life. If there is any option to this, please let me know here.

Briesing 06/04/2010 09:34



Je ne m'étais jamais posé la question du sommeil sous d'autres latitudes... merci pour cette ouverture.



psychoreve 30/03/2010 10:49


... qui nous rapproche de la Scandinavie.


Morphouille 30/03/2010 10:04



On peut commander le documentaire "Sinnaktulauqpunga" sur un site belge : http://minu.me/1ycl



psychoreve 30/03/2010 09:48



Sur les bizarreries du sommeil des gens aux yeux bridés :


http://handai.ifrance.com/interculturel/sommeil2.htm


 Ce Dimanche soir Arte nous a gratifié d’un très prenant thriller écologique
« Smilla » se déroulant au Danemark puis au Groenland, que j’ai regardé car la Scandinavie m’attire.


 Smilla, jeune scientifique, inuit par sa mère et danoise par son père, a
toujours la nostalgie des terres glacées de son enfance. Elle vit seule à Copenhague avec pour unique ami Isalah, un enfant inuit de 6 ans. Lorsque ce dernier est retrouvé mort au pied de son
immeuble, les autorités concluent à l’accident. Mais Smilla n’y croit pas. Elle décide de mener son enquête…


Bon j’arrête là mon résumé en vous recommandant ce film. J’arrête là … parce qu’après la gent scientifique n’y a pas un très beau rôle, mais
c’est une fiction n’est-ce pas ?


 Par contre, dans quel ciné Sinnaktulauqpunga ?